Iretge, et beaucoup plus


Seconde partie de l'interview de Ben Bello, instigateur du projet Iretge. Où il en dit un peu plus sur le voyage, le ressenti et la suite de ses aventures. 


_En voyage, qu'est-ce qui a été le plus épanouissant ?

Je crois que le plus épanouissant c’était de voir le trip se dérouler sans accroc, dans une fluidité assez magique. Voir comment les gars peignaient avec appétit chaque jour, comment le hasard faisait bien les choses.

J’étais aussi très heureux de voir que notre trip intriguait les gens qu’on rencontrait, que le courant passait avec eux. C’est con à dire mais ça fait vraiment du bien de partager des moments avec des gens ouverts, des gens au cœur énorme, et que tu ne connais pas. Les héros du bouquin, du projet, les iretges ce sont bien eux, et pas nous.


_Qu'est-ce que vous avez fait pendant
ce voyage ?


De la peinture, sur les murs, pas en pierre de préférence. Des installations avec des objets récupérés. Une performance photo en immersion tribale. De la frénésie rupestre à coup de craie et charbon dans une grotte. De l’anis qui transforme l’eau en fou rire.

Des tentes qui ne servent pas, les étoiles prenant le dessus sur l’intimité du ronflement. Du BMX, du skate, du jogging nocturne, de l’eau, de la nudité, de la chaleur, de la brosse à dent dans la rivière, de la bonne bouffe, des excès, du vin… tout ça avec modération, pour pouvoir repartir du bon pied le lendemain.



_Qu'as-tu retenu de cette aventure ?

Que la Volvo est véritablement increvable ! Que j’aimerais bien habiter dans les Cévennes. Que l’humanité est remplie de gens adorables et que ça serait vraiment un gâchis de couler dans l’aliénation actuelle.

Sans rentrer dans des considérations politiques, nous avons la chance inouïe de vivre sur cette Terre, encore plus dans notre contrée gâtée par la nature, on n'a pas le droit de rester inerte. Quoiqu’il se passe, chez nous ou partout, j’aimerais pouvoir recevoir et redonner la rage, de ne pas subir, entre autres.


_L'après, qu'est-ce qu'il se passe ?

Digestion d’abord, et préparation pour proposer une campagne Ulule qui a de la gueule. Ce n’est pas simple de faire vivre pendant trois mois un projet qui n’existe pas encore concrètement. Ça nous a pris beaucoup de temps et d’énergie, mais mission réussie avec la cagnotte validée à 140%.

Vient en même temps l’écriture du livre pendant bien un mois nonstop pendant lequel je reprenais les interviews et toutes les notes, en essayant de produire quelque chose de cohérent tout en me permettant quelques facéties « littéraires ».

Un projet comme ça méritait que je donne beaucoup de moi car les gars en avaient fait de même. J’espère que ça ne sera pas trop cul-cul ! Le livre d’or qui a parcouru les trois expos a délivré beaucoup d’amour, ça fait du bien, et ça donne confiance sur la réception du bouquin.

Les trois expos de février ont aussi été épuisantes, mais très réjouissantes. Entre la route, l’accrochage, l’expo, la fête, le démontage, le tout sur trois week-ends de suite, on a tous pris cher comme on dit ; mais vraiment c’était de drôles de moment dont on se souviendra : de la Volvo dans la galerie Art By Friends à Annecy, au rituel tribal de Montpellier relevé de folie russe et de vin naturel, pour finir avec une chouille parisienne qui sent la soupe à l’oignon place Saint Michel. On a peut-être pas vendu grand chose mais on a bien ri, et je crois que les centaines de visiteurs aussi je crois. Si tous ces gens qui ont eu l’audace de venir nous voir sont chauds de se procurer le livre, alors on aura réussi notre pari.

D'ailleurs, maintenant que je l'ai entre les mains, on est bien content du résultat. Le livre est propre, il a été livré aux 250 contributeurs et désormais on a bien envie de le partager avec d'autres gens curieux de notre aventure. On sera présent sur différents festivals, donc on le fera lire à nos covoitureurs, aux iretges que l'on croisera dans la rue ou dans la forêt... Et ce n'est que le début.


_Tu as toujours été curieux concernant la créativité, et tu as choisi de la transmettre. Tu es frustré de ne pas avoir choisi
la voie "artistique" ? 
Pourquoi ne pas passer le cap ?


Frustré c’est pas le mot car je ne pense pas avoir le talent pour. Mais comme je le disais la créativité ça se travaille et ça se libère par un lâcher prise. C’est en ce sens que ça m’énerve quand je pense aux choses qui me bloquent moi-même. Je suis trop feignant d’apprendre je crois, je suis curieux de tout mais je ne fais que survoler, c’est un peu la tare du journaleux à y penser !

Tous ces créatifs, en peinture comme ailleurs, ont le talent, la vision des choses dans leur tête, mais ils travaillent surtout. Ils ne s’arrêtent pas à, simplement, penser ou imaginer les choses, ils le font, ils pratiquent chaque jour, par plaisir certes mais au final c’est du boulot.

Personnellement j’ai du mal à me donner le temps pour me consacrer à cette saine exploration, j’adore faire de la photo… mais au iPhone car j’ai la flemme d’apprendre la technique par exemple. Je me lance aussi toujours dans différents projets qui nécessitent de la coordination de troupes, de la gestion, du financement, les choses un peu rébarbatives que les artistes n’aiment pas trop faire, c'est mon truc.

Du coup, je sers une cause mais pas forcément ma quête personnelle. C’est en ça que c’est un peu dommage. Frustrant non car ça ne tient qu’à moi de me lancer dans la création personnelle, que ce soit de l’écriture ou faire du pain. La flamme est là, il n’y a plus qu’à l’alimenter, c’est tout le sujet d’Iretge.

LE LIVRE